1.7.07

Le sort des lettres


- Henri ROUSSEAU, Éclaireur attaqué par un tigre (1904)

Je m'en voudrais de ne pas dire, une dernière fois, toute l'aversion que m'inspire le milieu littéraire, et les pauvres sires qui tournent autour de son ampoule comme des papillons refusant d'être de nuit. Quoi, cet épouvantail tient toujours? Littérature? Il me semble que ce bon Arthur Cravan avait réglé la question une fois pour toutes. MAINTENANT. Et puis, qu'on se permette de pérorer indéfiniment sur la littérature, ce serait un moindre mal si l'on y posait quelques questions véritablement problématiques, comme autrefois les surréalistes eurent le culot d'en poser, par exemple celle-ci:

Pourquoi écrivez-vous?

ou encore:

Le suicide est-il une solution?

Imaginez qu'une enquête instituée par une question de cette ampleur soit lancée dans les journaux, ce serait un scandale retentissant! La droite traditionnaliste exigerait un vote sur le droit d'incarcérer les intellectuels quand ils nuisent à la patrie, la famille et la religion; la gauche condamnerait du bout des lèvres ces agitateurs sans principes; le centre tel qu'en lui-même s'abtiendrait de tout commentaire.

[...]

Foutredieu, je reprends cette note laissée en chemin avec l'envie d'écrire à la fois une lettre «à un vieux con», et une lettre à un «jeune crétin». Nous y sommes, mes amis. Même le génie de la jeunesse, auquel je continuerai de croire malgré l'arrivisme et l'inaptitude, vieillit mal. Et c'est sans parler des professeurs, écrivains ratés, et des écrivains, ratés tout court. Venez voir mon manuscrit, monsieur, vous verrez comme il est près de moi et près de vous, à la fois, comme une confession publique inaugurant l'exécution secrète.

«J'ai bien fait de partir», c'est ce que je dirai demain. Bien fait d'avoir compris très vite à quoi on voulait que cela tienne. Pendant que de petits hommes blancs empilent leurs livres près d'eux, un enfant définitif refuse qu'on ouvre les volets avant qu'il ait fini de transcrire ses rêves.

Au fait, pour qui écrire? C'est peut-être la question la plus épineuse. C'est pourquoi aussi je me flatte d'être si peu fréquenté, mais surtout d'être si difficilement fréquentable. Mes amis le savent: j'habite une boîte à pain nichée dans une forêt très douce.

Il faut savoir reconnaître du premier coup d'oeil l'imposteur. Dans le cas du vieux con et du jeune crétin, c'est du gâteau mur à mur.

5 commentaires:

Anonyme a dit...

Je le trouve curieux ton texte, je suis presque inquiet.

B.

Anonyme a dit...

P.S.: Je suis une vraie fillette ;-)

Mistral a dit...

Pourquoi écrivez-vous? c'est bien, mais: Pourquoi ne vous suicidez-vous pas? c'est mieux.

Maphto a dit...

Je répondrais à Mistral : parce qu'il y a trop de beauté en ce monde pour se suicider.

Anonyme a dit...

Pourquoi écrivez-vous?

...je veux savoir si l'on m'aime...

ou encore:

Le suicide est-il une solution?

...non, je veux être aimé, la manière m'importe peu, et le ressentir du haut de mon terrible orgueil...

n'est ce pas