5.10.08

La masure des ouvroirs




Empilés, les chagrins du temps inondent de lumière la moindre noirceur. On ne sort plus de jour, il fait trop froid pour être remarqué, surtout depuis que le gaz s'est éteint et qu'aucune sonnerie ne se fait plus attendre.

Mauvaise nouvelle, c'est un Collyer. Ici, juste à côté, dans la ruelle. La petite maison rouge et verte où habitaient ces deux frères un peu fous qui amassaient l'âme du centre-sud, chaque once de son abandon: boîtes, tapis, chaises, cordes, foulards, gants, misères, corridors. Le premier est mort sous les décombres; le second, à huit pieds de là, de faim et de soif. On n'a jamais rouvert la porte.

J'irai, ce soir. J'irai ouvrir la porte du 1388 Duhamel. Les rats grouillent toujours sous le château de cartes d'une vie double consacrée à l'archéologie des nuisances. Je veux voir de mes yeux nus.

À minuit.

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