12.4.06

La vie en prison



La masse humaine, silencieuse, douloureuse, perdue dans ses rêves et ses pénibles travaux, coupés de la Vie de Dieu, offrait un terrain de choix aux prêtres et aux prophètes luttant contre ces prêtres, aux rois et aux rebelles luttant contre ces rois, aux guérisseurs de la misère humaine au fond de la prison, à toute la cohorte de charlatans et de «sommités» médicales, de thaumaturges et d'occultistes. Avec les empereurs arrivaient les colporteurs de la liberté, avec les organisateurs de l'humanité captive naissaient les vendus de la politique, les Barrabas, toute l'obscure vermine des tribuns; les péchés et les infractions à la Loi, les juges jugeant les péchés et les infractions à la Loi ainsi que leurs bourreaux; la suppression des libertés incompatibles avec la vie en prison, les associations pour les Libertés Civiles en prison. C'est dans ce bourbier que se sont formées ces corporations politiques qu'on nomme «partis», dont les uns défendent ce qu'ils ont appelé le «statu quo» dans la prison, les soi-disant «conservateurs» (puisqu'ils se sont efforcés de maintenir les lois et les règlements rendant possible la vie en prison) et, s'opposant à ceux-ci, les soi-disant «progressistes» qui ont combattu et souffert et sont morts aux galères pour avoir préconisé plus de liberté dans la prison. Ici et là, les progressistes ont réussi à évincer les conservateurs et se sont mis à installer «la Liberté dans la Prison» ou «LE PAIN ET LA LIBERTÉ DANS LA PRISON». Mais comme personne ne pouvait donner à l'immense troupeau humain le pain et la liberté, puisqu'il fallait travailler dur pour les obtenir, les progressistes se sont rapidement transformés en conservateurs pour maintenir l'ordre et la légalité comme avaient fait avant eux les conservateurs. Plus tard, un nouveau parti vit le jour qui s'était mis dans la tête de permettre aux masses humaines peinant dans leur prison de régir leur propre Vie au lieu de s'en remettre aux prêtres, aux rois et aux ducs. Ce nouveau parti fit de gros efforts pour relever les masses et les encourager à agir; mais à part quelques assassinats et la destruction de quelques maisons de riches, les changements furent minimes. Les masses humaines répétaient ce qu'on leur avait dit pendant des millénaires, et tout restait comme par le passé; la misère s'aggrava lorsqu'un parti particulièrement malin promit à l'unanimité «LA LIBERTÉ DU PEUPLE DANS LA PRISON» et sévit par-ci par-là en recourant à tous les vieux slogans utilisés naguère par les rois, les ducs et les tyrans. Le parti de la liberté du peuple enregistra au départ un franc succès jusqu'à ce que ses vrais desseins furent connus. Son slogan de la liberté du «PEUPLE» - considérée comme différente des autres «libertés» dont on jouissait en prison - la mise en oeuvres des vieilles méthodes chères aux anciens rois ne manquèrent pas d'impressionner les gens, puisque les chefs de ce parti issus eux-mêmes du troupeau des captifs s'étaient faits les colporteurs de la liberté; dès qu'ils purent établir leur pouvoir sur un petit territoire, ils s'étonnèrent de découvrir combien il était facile de pousser quelques boutons et de voir la Police, les armées, les diplomates, les juges, les savants académiciens, les représentants des puissances étrangères agir conformément aux ordres donnés en poussant ou en tirant d'un coup sec les manettes. Les petits colporteurs de la liberté trouvèrent tant de plaisir à exercer leur pouvoir qu'ils en oublièrent la «LIBERTÉ DU PEUPLE DANS LA PRISON» et s'installèrent, en s'amusant énormément à ce jeu, dans le palais des anciens dirigeants qu'ils avaient massacrés. L'ivresse du pouvoir s'empara d'eux lorsqu'ils poussaient ainsi les boutons du vaste tableau de commande. Mais ils ne restèrent pas longtemps et furent remplacés par de vieux routiers de la commande par boutons, par de braves conservateurs ayant conservé au fond de leurs âmes un brin de décence et de tenue, réminescence lointaine du Paradis.

Wilhelm REICH, Le meurtre du Christ, Éditions Champ Libre, Paris, 1971. [Éd. orig. 1953]

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Ce n'est que mon avis, je le sais, mais je dois dire : quel incroyable paquet de conneries que voilà.

Pierre

max cat a dit...

Je n'ai, plus ainsi, qu'à vous souhaiter bon séjour.