17.9.06

Croisée des chemins


Étrangement, alors que pour tout mariage nous nous sommes recueillis sur la tombe de Charles Fourier, au cimetière Montmartre, nous avons consommé notre divorce avec Paris dans les jardins du Palais-Royal, où chaque jour Fourier attendait qu'un mécène vint le voir pour qu'il construise enfin son phalanstère.

Cette anecdote, qui nous a été racontée par Annie Le Brun et Radovan Ivsic plus tôt dans la journée, avant qu'ils nous conseillent d'aller traîner rue Vivienne, parlait comme un fantôme dans la lumière pétrifiante des jardins. Je ne pouvais me sortir de la tête la voix puissante et lugubre que j'avais entendu plus tôt déclamer Booz endormi de Victor Hugo, la belle voix d'André Breton qui, obligé de se cacher chez Radovan au temps de la guerre d'Algérie, - on craignait alors pour sa vie - passait le temps en déclamant des vers. Radovan, qui était d'ores et déjà le plus sonore des surréalistes, prit soin de capter certaines de ces lectures sur des bandes précieuses, et que j'eus ce jour-là, le 10 septembre 2006, la chance d'entendre à la lumière transperçante de ses yeux.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière.


(Booz endormi)

Annie et Radovan, que l'intuition d'Antoine Gallimard a fait connaître plus largement ces dernières années, et à qui je dois d'avoir rencontré Jean Benoît, ont littéralement sauvé l'essai que je prépare sur André Breton par un appel d'air démesuré.

***

Et puis il y eut Barcelone...



1 commentaire:

Anonyme a dit...

Beau témoignage! Mais qu'est-ce donc que cette lumière? Qu'est-ce qu'on y entend, attend?