17.8.06

La Belle et la Bête


Nous vivons en enfants perdus nos aventures incomplètes.

Cette phrase avec laquelle Guy Debord clôt la bande-son de son premier film, Hurlements en faveur de Sade, me revient quand je dérive dans cette ville, si détruite soit-elle par le lot d’incompétents, Haussmann en tête, qui s’acharnèrent à en annihiler tout le potentiel révolutionnaire; à partir des failles des grands boulevards, malin celui qui retrouverait ce nid de serpents qui fit de Paris autrefois la fabrique à venin où se distilla la plus grande part du poison que notre temps fut forcé d’avaler, sans jamais malheureusement en trépasser pour s’ouvrir aux yeux de salve, aux cheveux d’orage qu’il aurait fallu planter sur sa tête maintenant qu’il ne voit plus rien, qu’il arbore sa petite coupe de militaire pour aller abattre du boulot.

Je bougonne donc, Martine sourit, et pendant que je persiste à éviter les endroits que le tourisme a rendus invivables, elle m’emmène, me tire, m’endure. La belle et la bête.



Mais entre les sites cadavériques où même les plus ahurissantes beautés architecturales sont ternies par ces nuages de mouches, nous ne pouvons s’empêcher de regarder le Pont Neuf comme deux amants s’y aimantant, puis de monter vers le Marais, par la rue du Temple, pour aller boire un coup de rouge au bord du canal Saint-Martin, pour finir dans ce bistrot, l’Éclusier, par manger un bœuf tartare incomparable à un prix ridicule. En pleine rue, quand l’on ne sait plus très bien où commence un troquet, où finit l’autre, je comprends enfin mon père qui a si souvent chialer contre ces restos tocs qui vous font avaler leurs pâtes de service pour 32 fois le prix qu’il vous en aurait coûté de les préparer mieux que cela à la maison. Enfin, entre le ciel du Pont Neuf, le sombre Marais, le ciel rosi au-dessus du canal, moi et Martine se sommes offerts un portrait sépia, question de mêler la gouache.









Finalement, je me porte mieux quand je rend visite aux fantômes. J’étais fébrile quand nous avons atteint le 78 Boulevard du Port-Royal, et que le Calvaire du Trucidé, ce fameux taudis où habita Alfred Jarry une bonne partie de sa vie, tenait toujours le coup, grotesque et merveilleux.





Noblesse oblige, il fallait bien rendre visite aux potes du Père-Lachaise : Nerval, Apollinaire, Roussel, mais aussi Oscar Wilde qui, comme le veut la tradition, a eu droit à un doux baiser de Martine. Nous avons bien sûr passé par la tombe de Morrison, mais comme elle est systématiquement assaillie par les mêmes mouches que t’à’l’heure, on a passé notre tour, et nous sommes rendus au tombeau d’Héloïse et Abailard, dont les restes furent incidemment les premiers transférés dans ce nouveau cimetière, «de l’Est», alors que les Parisiens hésitaient toujours à reposer aussi loin de la «ville».







Martine en a profité aujourd’hui pour me traîner du côté de la tour Eiffel, mais on s’est ensuite promenés dans le 7e jusqu’à la rue de Verneuil; je ne pouvais quitter Paris sans m’en jeter un devant le 5 bis, et d’inscrire sur le mur le seul vers dont je me rappelle de ce poème que j’avais offert à Jane Birkin il y quelques années, peu après son passage au Spectrum :

Le cargo des musiques androgynes sacrées


1 commentaire:

max cat a dit...

meth : tu diras à ton français qu'il est pas très inspiré, et que s'il a peur de se faire péter la gueule à Paris, il n'a qu'à s'enrouler dans la circulaire Sarkozy.

j'ai été me promener partout, des portes de Clignancourt à la porte d'Orléans, et y'a personne qui m'a emmerdé.

Et toc!