
Ainsi monde est monde, comme Paris n’est plus Paris. Je n’ai pas vu avant Buzenval son ciel lourd, ses badauds perpétuels, sa chimie de gare d’empoigne… Jean Benoît est venu nous ouvrir, et du haut de ses 83 ans, changeait encore de fièvre tous les matins. Il nous conduit à son atelier – un minable appartement bourgeois, comme il se plait à nous le rappeler – sur la rue de la Tour d’Auvergne, dans le 9e arrondissement. Certainement martyrisé par son absence, l’atelier n’en demeure pas moins, coup de balai et de chiffon passés, un lieu de haute valeur situé en plein cœur de la ville, au pied de la butte Montmartre et surplombant le quartier de l’Opéra, ceinturé par un boulevard au nord, Rochechouart puis Clichy, et ses places – Blanche, Pigalle, encore Clichy – qui sont comme autant de nœuds où convergent les passants. Ajoutez à cela qu’y trônent en permanence des œuvres comme Ma pierre tombale, «À Marine» (1994) de même qu’une reproduction immense de la seule photo existante de Jean revêtant son costume pour L’Exécution du testament du Marquis de Sade (1959).

Et ce mur, le plus beau, où deux masques se côtoient de chaque bord d’un adage qui m’est cher.

À l’atelier, Jean nous offre un cognac qui, dit-il, est aussi vieux que lui. Il parle du grand ennemi, le Couple, et m’offre la brochure d’une exposition de Mimi Parent au Museum Bochum en 1984, avec cette dédicace : À Martine et son amant de la part de Mimi, Jean. Avant de partir, il nous dit : «Mimi vous aurait aimés, elle avait du goût; encore plus que moi.»
Sonnés par le sommeil se faisant attendre – on ne dort pas dans un avion, on vole – nous faisons tout de même une première sortie dans le quartier, question de manger. Baguette, foie gras et brie de Meaux plus tard, un grand Bordeaux arrosant l’affaire, Martine fait sieste pendant que je m’empresse d’aller au bar-tabac le plus près pour m’envoyer un demi de blonde et m’acheter un paquet de Lucky Strike. Je découvre à la défaveur de ma promenade la place André Breton, genre d’islet de dalles couronné de motos, tout près du 42 rue Fontaine où il habita de 1922 à 1966.
Ce matin, nous avons monté sur la butte, répugnante de tourisme, pour ensuite nous réfugier dans les bras du cimetière Montmartre où je me suis recueilli, le temps d’une bouteille de mousseux, sur la tombe de Charles Fourier, priant de n’être pas exclu, excommunié du «Nouveau Monde Amoureux».

Puis, nous avons traqué les chats sauvages, spécimens extraordinaires de méfiance mêlée de mystère, qui rôdent entre les tombes et gratifient les morts de leur présence.


Paris a disparu.

3 commentaires:
sommes très touchés que tu nous aies téléphoné de Paris le 2e ou 3e soir suivant ton arrivée. Te souhaitant l'expérience de ta vie,
from nous autres, in the petite-italie xxx
Oh vieux bum
Julien Dupuis en prison
mais viens d'en sortir
oh vieux bum
je t'envie
te souhaite
de ne jamais revenir
Enfin des nouvelles, petit poisson dans l'eau je t'imagine. Cette ville aux milles prétentions, assurées qu'elles sont par une tonne de noms qu'on se plaît à connaître, à honorer. La mémoire en béton est le prévilège des victorieux, pour les esclaves il n'y a que les rythmes et les mélodies, comme un trésor interdit qu'on garde au fond du coeur.
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